Préambule
Ce témoignage de Tino Gamba, décédé d’une overdose de cocaïne, nous a été confié par ses parents.
Leur fils était un jeune homme aimé, entouré, avec des projets, une histoire, une famille. Comme beaucoup d’autres, il a été confronté à une addiction qui a fini par lui coûter la vie.
Le texte qui suit est publié strictement tel qu’il nous a été transmis, sans aucune modification, avec l’accord explicite de ses parents.
Nous avons fait le choix de le partager afin de respecter leur parole et leur douleur, et parce que ces mots peuvent, peut-être, aider à prévenir d’autres drames.
Poudre aux yeux
de TINO GAMBA
Si la conscience de son fonctionnement était à la portée de chacun d'entre nous, les soucis de la vie quotidienne seraient très certainement moindre.
Le cerveau humain est un organe complexe à la fois fascinant de par sa capacité à solutionner différentes problématiques plus ou moins complexes avec une efficacité redoutable, mais aussi déroutant, car il peut mener à des fatalités si nous l’écoutons trop.
L’histoire de ce livre n'est pas la finalité mais bel et bien la continuité d'un long chemin dans la direction du rétablissement. Je n'ai pas la prétention d'arriver à un bonheur absolu, selon moi, ce terme est un objectif, une quête qui ne peut être complètement atteint, le vrai bonheur et le chemin qui y mène, avec ses hauts, ses bas, ses larmes de tristesse mais aussi ses pleurs de rire, ses moments de vide intérieur mais aussi ceux de joie.
La réalité est que j'ai longtemps cru à ce bonheur en essayant de le chercher sans arrêt, et lorsque celui-ci ne répondait pas, j'en étais convaincu que jamais je ne réussirais à être heureux puisque je ne l’étais pas en permanence.
Ma rencontre avec la cocaïne fut le 31 décembre 2022.
Je n'avais jamais rien consommé auparavant et je ne saurais expliquer pourquoi, mais j'ai de suite eu une accroche avec cette substance, j'en entendais parler dans les films comme étant une drogue populaire et festive.
Ce soir du nouvel an j'ai donc décidé d'aller seul acheter mon gramme, j'avais fait connaissance avant d'une personne dans un bar qui me disait qu'il en revendait et nous avions donc échangé nos numéros.
Après un échange téléphonique je me rendis sur le lieu du rendez-vous et monte dans une voiture afin de procéder à la transaction, je lui demande des conseils en lui expliquant que c'est la première fois de ma vie que j'en prend, il m'écoute et répond à toutes mes questions concernant le produit, il me met en confiance.
Par la suite, je rejoins mes amis pour aller festoyer, l'ambiance est bonne, tout le monde danse et profite de la dernière soirée de cette année.
Arrivé à un moment de la soirée, je décide de m'extraire discrètement du groupe pour commencer à prendre mon premier rail, je rentre donc dans les toilettes de ce bar, et une fois rentrée à l'intérieur, verrouille la porte et prépare mon premier rail. Je ne sais pas comment faire et en renverse la moitié à côté.
Après quelques minutes mon trait est enfin près, je ressens une profonde anxiété, je me rends tout de même compte que ce que je fais est dangereux. Je décide de ne pas réfléchir, et de tenter.
Après tout c'était juste une expérience de plus.
Je décide de sniffer mon premier trait d'une traite et d'un seul coup je ressens un regain d'énergie, une euphorie et j'ai l'impression de tout comprendre, d'avoir mes cinq sens débridés. Je poursuis la soirée avec mes amis et très vite ils comprennent ce que je viens de faire, dans l'agitation générale, personne ne dit rien. Je passe une super soirée, tout est génial, j'achète plusieurs bouteilles de champagne, je bois, profite d'une sensation encore jamais connue. Je parle à tout le monde et j'ai l'impression d'être beaucoup plus lucide.
La fin de soirée approche et nous décidons de repartir, la descente de cocaïne arrive, et une vague d'anxiété me submerge, je passe la journée dans mon lit, avec un sentiment de vide intérieur immense.
Tout ce qui monte très haut, redescend aussi très bas, et c'est le cas pour cette drogue, une fois les effets estompés une sensation de mal être très intense va venir vous submerger, les effets agréables laisseront place à une vague d'anxiété et de dépression pendant toute une journée ou il est aussi très compliqué de manger puisque la cocaïne coupe aussi la faim.
Pendant une semaine je n'y retouche pas, mon expérience de cette soirée me convient, mais la dépendance psychique commence à prendre place rapidement.
De manière générale, depuis le plus jeune âge, j'ai toujours eu des difficultés de concentration qui persistaient avec des ruminations incessantes.
J'ai toujours été très angoissé de tout, mon cerveau n'était jamais au repos, il fonctionnait tout le temps et ça en devenait épuisant. Les situations de la vie étaient compliquées car j'analysais tout et voulais systématiquement tout comprendre mais aussi les personnes.
En effet, j'ai toujours été un grand hypersensible, chaque émotion qui venait, je la prenais en pleine face à un degré beaucoup plus important que ce qu'elle signifiait réellement.
Plusieurs personnes peuvent avoir des pensées différentes face à un même événement, la manière dont nous raisonnons influence nos émotions et nos comportements.
Une émotion est un état affectif doté de trois composantes de base :
Composante situationnelle
Composante cognitive
Composante physiologique
Nos émotions sont donc le fruit de nos pensées.
Ce n'est pas un événement en particulier qui est la cause de nos émotions et de notre humeur, mais seulement la représentation que l'on s'en fait et les pensées qui nous traversent l'esprit.
Pour moi, mes représentations des situations étaient souvent erronées, ce qui engendrait donc des émotions non adaptées.
La consommation de cette substance avait donc réussi comme par magie à faire taire tous ces maux en un claquement de doigt, avec en supplément un sentiment de bien être intense dû à la libération de |la dopamine.
Toutes les substances addictives ont pour effet d'augmenter la concentration de dopamine au sein de régions cérébrales qui forment le circuit de récompense.
Le problème est que cette augmentation modifie durablement au sein de ce même circuit les transmissions cérébrales dépendant d'un autre neurotransmetteur, le glutamate, ce qui engendre des comportement addictifs.
L'activation du circuit de la récompense conduit à la libération finale de dopamine, le messager chimique du plaisir.
Cette libération de dopamine aide à mémoriser le stimulus agréable, c'est ce qui nous amène à répéter un comportement qui nous donne du plaisir.
Au bout d'une semaine, je décide d'aller en acheter de nouveau. Je me dis que cette drogue m'apporte que des résultats positifs et que le bénéfice est tellement important que je décide de négliger les risques.
Pendant à peu près un mois, ma consommation était d'environ un demi gramme par semaine réparti sur deux ou trois soirées, mais très vite, au fur et à mesure que l'addiction s'est installée, les quantités sont devenues beaucoup plus importantes.
Comme dit précédemment au début de la consommation un demi gramme me durait à peu près une semaine, quelques semaines plus tard je suis passé à deux grammes par semaine.
Je réussissais à ne consommer que le week-end ou soir de fête, mais par la suite j'en ai pris au quotidien, à hauteur d'un gramme par jour. Puis je me résonnais à ne plus prendre chaque jour mais une fois par semaine, seulement je souhaitais prendre en plus grosse quantité.
Je pensais que c'était mieux j'ai donc consommé chaque samedi soir deux grammes, et j'ai commencé à voir des effets inquiétants, grosse paranoïa et parfois même des crises d'épilepsie, malgré ça, je recommençais tout le temps, je n'arrivais plus à m'arrêter.
Le phénomène d'accoutumance commençait à s'instaurer et je prenais de la cocaïne pour fonctionner normalement car désormais si je n'en avais pas dans mon corps, j'avais l'impression de ne pas être fonctionnel.
C'est aussi à partir de ce moment que l'irritabilité se fait ressentir, le manque de sommeil s'ajoute et les troubles alimentaires aussi, je mange beaucoup moins, et mon corps puise dans ces réserves jusqu'à un moment où il craque, je pleure beaucoup, suis en colère pour rien, …
Je dépensais des sommes conséquentes dans la cocaïne mais aussi beaucoup dans les bars, boîtes de nuit,... Mon manque d'estime me faisait croire qu'il fallait que j'achète des bouteilles et donne de l'argent aux gens pour qu'ils s'intéressent à moi et qu'il m'aiment.
J'ai même tenté d'acheter l'amour…
Je voyais mes amis et tous les autres avoir des relations amoureuses et je n'ai jamais réussi à avoir une relation digne de ce nom.
Cela se comprend, personne ne veut faire sa vie avec une personne qui ne sait pas se gérer, qui fréquente des milieux dangereux.
J'ai donc fréquenté le milieu de la prostitution et plus d'une fois je payais juste pour parler avec une femme, j'essayer de masquer cette solitude au mieux que je le pensais.
Je m'attache tellement rapidement que j'avais même l'impression que les prostituées que je voyais étaient d'une certaine manière mes copines, que je sortais avec elle, alors que j'était juste un client...
Je sortais donc très régulièrement en déboursant des sommes allant jusqu'à deux mille euros pour une soirée.
Je me rappelle d'une soirée ou je suis allé seul en boite de nuit et voulant me faire des amis, je décide d'encore une fois acheter une multitude de bouteilles pour que les gens viennent à ma table.
Tout le monde vient vers moi et j'invite une dizaine de personnes à l'intérieur du carré ou je suis, je parle avec tout le monde et suis sous l'emprise de cocaïne cette fois-ci encore.
La soirée se termine et je me sens très mal, je convulse à la sortie de l'établissement et n'ayant personne à mes côtés je rappelle les personnes avec qui j'avais festoyé toute la nuit.
Is me font comprendre qu'il ne peuvent me venir en aide et qu'ils vont partir, l'un d'entre eux rigole de ma situation, j'ai un sentiment d'abandon poussé à l'extrême, j'avais tout payé à ces gens là et ils me laissaient seul, par terre.
J'ai toujours eu du mal à imaginer que des personnes pouvaient être méchantes, pour moi c'était inconcevable. Je ne voyais pas comment on pouvait agir ainsi à l'égard d'une personne, selon moi quand une personne ne va pas bien peu importe qui elle est je vais l'aider, ça me parait plus que normal.
Visiblement pas pour tout le monde.
Les prises de risques sont venues aussi s'ajouter. Un soir où j'avais consommée, je décide de sortir dehors prendre l'air en écoutant de la musique.
Au loin, je vois un homme qui était sans domicile fixe et qui, en voyant mon état, me demande si je peux lui donner un peu de ma poudre. Je refuse dans un premier temps et après une négociation de sa part accepte de lui offrir une ligne de coke.
Il veut la prendre dans la rue et je refuse en lui disant qu'il ya des caméras de partout et que je ne veux pas qu'on nous voit faire ça. Je lui demande donc d'aller chez lui, mais étant donné qu'il était sans logement c'était compliqué. Il appelle un ami à lui et nous allons donc le rejoindre.
Il est quatre heures du matin et je me retrouve avec deux personnes que je ne connais absolument pas dans un appartement sans lumière, avec des seringues par terre et des fenêtres explosées.
Je donne donc un peu de ma substance à ces deux individus et sentant tout de même le danger je dis qu'il faut que je parte car mes amis m'attendent.
IIs ne veulent pas me laisser repartir car ils voient qu'il me reste de la coke, je ne sais plus comment je me suis débrouillé mais j'ai réussi à m'extirper de cette situation, et suis allé rejoindre mes amis par la suite.
Quelques mois plus tard j'ai appris que la personne chez qui j'ai été était un ancien prisonnier qui avait égorgé une personne pour une histoire de cocaïne.
Pendant une longue période, je procédais ainsi : sorties jusqu'à pas d'heure et consommation excessive d'alcool et de cocaïne, avec des mises en danger à répétition.
Jusqu'au moment où j'en avais besoin d'encore plus, et j'ai commencé à en prendre une fois toutes les deux semaines, des quantités encore plus importantes, je consommais environ quatre grammes en une demi-journée.
Jusqu'au moment où j'en avais besoin d'encore plus, et j'ai commencé à en prendre une fois toutes les deux semaines, des quantités encore plus importantes, je consommais environ quatre grammes en une demi-journée.
Un soir d'été, je décide d'inviter mes amis à la maison, mes parents n'étant pas là. Nous nous baignons, et faisons un barbecue, il était vingt heures et j'ai commencé à prendre mes premiers rails vers 16 heures.
A cette soirée je mixais car je fait de mon temps libre un peu de musique, arrivé à un moment de la soirée, juste après être sorti des toilettes pour me refaire un trait, je reprends les platines, ai l'impression de mixer à l'envers, la musique n'a aucun sens, je tombe, et fait une crise d'épilepsie.
Le SAMU vient et je fini la soirée à l'hôpital, une fois de plus. Le lendemain, mes amis reviennent me chercher à la sortie de l'hôpital, je reste à la maison avec eux.
Une fois qu'ils sont partis je décide d'avoir un moment d'introspection et je me retrouve seul dans ma chambre, réfléchis et après réflexions, j'en conclu qu'il faut que je parte, loin, faire le point sur ma vie.
J'ai alors l'idée de traverser l'ile de la Réunion à pied après avoir visionné quelques vidéos sur YouTube. J'ai toujours eu envie de partir à l'aventure, c'était pour moi le moment.
Deux semaines plus tard, je m'étais acheté tout le matériel nécessaire y compris les billets d'avion. J'explique à mes parents que je pars traverser l'île de la Réunion, seul à pied, en sac à dos et que je dormirais dans une tente tout le long du périple.
IIs ne comprennent pas tellement mais on l'habitude de mes idées farfelus, ils sont étonnés mais pas trop non plus.
Une semaine après je prends l'avion à Paris, et quelques heures plus tard je suis à la Réunion.
Je me repose deux jours dans un hôtel et pars un matin en stop jusqu'à St Denis, le nord de l'lle a à peu près 1 heure de voiture de là où je logeais.
Je marche pendant de nombreuses heures et arrivé au coucher du soleil je décide d'installer ma tente, et de me préparer à manger. J'avais prévu de la nourriture en poudre à faire chauffer dans un réchaud.
Je prépare donc mon réchaud et au moment de fixer |a bonbonne de gaz, je m'aperçois qu'elle n'est absolument pas compatible avec le réchaud.
Je ne sais pas comment réagir alors je reste figé, face à mon réchaud, je devais manger froid jusqu'à la fin de mon séjour puisque qu'aucune des bonbonnes de gaz n'était compatible, et j'étais déjà à six heures de marche du premier commerce.
Pendant dix jours j'ai donc mangé toute ma nourriture, froide...
Pour la première fois de ma vie je me retrouvais véritablement seul face avec moi-même, loin de tout et je dois l'avouer j'avais peur.
Je marchais pendant environ huit heures par jour et le soir c'était toujours le même rituel, j'installais ma tente et essayais de m'endormir sans prêter attention aux nombreux bruits sauvages qui venaient animer la vie nocturne de l'île.
Pendant le trajet je rencontre quelques groupes de randonneurs avec qui nous parlons brièvement, les gens sont plutôt agréables et accessibles.
Les paysages sont splendides et d'une immensité incroyable, j'ai l'impression d'être une fourmi au milieu de toutes ces montagnes et ça me permet de relativiser sur mes problèmes.
Je me dis que finalement ce n'est rien face à tous les éléments qui m'entoure, je modifie ma philosophie de vie en me disant que nous humains, avons l'impression de tout contrôler et en voyant tout ces paysages.
J'en conclus que nous sommes simplement des pions au milieu d'une nature encore plus puissante que je ne l'avais encore imaginé.
Je finis la traverser et arrive donc au sud de l'île, à St joseph et je n'avais pas prévu le retour donc j'ai du remonter toute l'île en stop, il était une heure du matin et je me pose devant une épicerie, demande à la personne qui y travaille s'il peut demander à ses clients si l'un d'entre eux peut me rapprocher au maximum du nord de l'île.
J'attends pendant trois heures, seul sur un trottoir et m'endors. Une personne vient me réveiller et me propose de me remonter jusqu'à st Denis, j'accepte évidemment et monte dans la voiture.
C'était un couple extrêmement bienveillant et durant tout le trajet ils me racontaient l'histoire de l'Île et me donnaient des fruits locaux, nous rigolons et échangeons dans un climat de confiance.
Arrivé à destination, il est à peu près six heures du matin et j'arrivais enfin à St Denis, je trouve un banc au bord d'un point d'eau et me pose dessus, et je dors.
La réception des premiers hôtels ouvrait vers neuf heures, je me réveille donc vers neuf heures et fais le tour des hôtels pour trouver un lieu ou dormir pendant deux ou trois jours afin de me doucher et profiter de l'île calmement.
J'en trouve un et m'installe dans l'après-midi dedans, je dors toute l'après-midi et me réveille le soir. Je sors de l'hôtel pour visiter de nuit St Denis, il n'y avait personne, je retourne donc à l'hôtel et me rendors.
Les deux jours suivants je me baladais dans la ville et faisais la rencontre de plusieurs personnes, dans les restaurants et bars où l'ambiance était chaleureuse.
Je finis la traverser et arrive donc au sud de l'île, à St joseph et je n'avais pas prévu le retour donc j'ai du remonter toute l'île en stop, il était une heure du matin et je me pose devant une épicerie, demande à la personne qui y travaille s'il peut demander à ses clients si l'un d'entre eux peut me rapprocher au maximum du nord de l'île.
J'attends pendant trois heures, seul sur un trottoir et m'endors. Une personne vient me réveiller et me propose de me remonter jusqu'à st Denis, j'accepte évidemment et monte dans la voiture.
C'était un couple extrêmement bienveillant et durant tout le trajet ils me racontaient l'histoire de l'Île et me donnaient des fruits locaux, nous rigolons et échangeons dans un climat de confiance.
Arrivé à destination, il est à peu près six heures du matin et j'arrivais enfin à St Denis, je trouve un banc au bord d'un point d'eau et me pose dessus, et je dors.
La réception des premiers hôtels ouvrait vers neuf heures, je me réveille donc vers neuf heures et fais le tour des hôtels pour trouver un lieu ou dormir pendant deux ou trois jours afin de me doucher et profiter de I'lle calmement.
J'en trouve un et m'installe dans l'après-midi dedans, je dors toute l'après-midi et me réveille le soir. Je sors de l'hôtel pour visiter de nuit St Denis, il n'y avait personne, je retourne donc à l'hôtel et me rendors.
Les deux jours suivants je me baladais dans la ville et faisais la rencontre de plusieurs personnes, dans les restaurants et bars où l'ambiance était chaleureuse.
Je commande donc un billet retour pour rentrer chez moi à la fin du séjour et le lendemain reprends l'avion, direction Paris.
Ce voyage m'a beaucoup apporté, il m'a prouvé que j'étais capable de partir seul, loin sans I'aide de personne.
Je pensais que ce voyage allait changer ma vie, ça a modifié quelques-unes de mes pensées mais ma problématique n'était toujours pas réglée.
Ce voyage était une sorte de fuite de la réalité. Une fois revenu sur Besançon, mes démons reprenaient le dessus et je retrouvais la vie que je menais avant le voyage.
L'un des symptômes de l'addiction est le phénomène de l'emballement, au tout début des consommations j'arrivais à me gérer en ne consommant que ce que j'avais prévu de consommer.
Très vite je n'arrivais plus à tenir mes promesses quant à la consommation, j'avais beau me convaincre que je n'allais prendre que telle ou telle quantité, je n'arrivais plus à m’arrêter et finissais tout ce que j'avais sur moi.
Dans les addictions, les circuits cérébraux sont désynchronisés, les circuits de récompense et de mémoire apprentissage fonctionnent de leur côté, et celui de la motivation et du contrôle fonctionnent isolement.
Cette désynchronisation de la circuiterie cérébrale se traduit par une perte de motivation et de contrôle, une recherche de récompense immédiate, apprise et enregistrée à force de répétition.
C'est donc sur ce principe que fonctionnent les drogues, quelles qu'elle soient, ou même des comportements (sexe, jeux de hasard,...).
Dans un premier temps, ces activités procurent du plaisir, mais au fur et à mesure de la répétition du comportement, les différents circuits cérébraux impliqués dans ces comportements vont se modifier.
Malgré la meilleure volonté de se gérer, lorsque j'était sous I'influence du produit, je ne pouvais plus me contrôler, contrairement aux idées reçues l'addiction ne reflète pas une faiblesse ou un manque de volonté chez l'individu dépendant.
Les substances psychoactives agissent sur le système cérébrale, l'envahissent, modifient sont fonctionnement.
Le cerveau subit des perturbations complexes de ses mécanismes, entraînant une perte totale de contrôle du comportement chez ses personnes, il s'agit donc d'une maladie neurologique qui se doit d’être traitée comme telle.
J'ai donc commencé à me mettre en danger, puisque j'arrivais de moins en moins à me contrôler.
Et c'était le début des overdoses....
Ma première overdose était le premier octobre 2023, il était un soir où de nouveau j'avais consommée et je ne réussissais pas à m'arrêter, sur une journée j'ai pris quatre grammes et par la suite un ami à moi me propose que l'on se voit afin de manger une pizza au coucher du soleil, j'accepte et lui dit que j'ai pris, il me dit qu'il arrive au plus vite.
Il est allé chercher les pizzas et je l'attendais sagement sur le parking d'un monument historique de mon village. || me restait encore trois grammes et je voulais les finir absolument, en l'attendant, je décide de sortir mon produit et de tout prendre d'un coup.
Je prends donc trois grammes d'une traite en ayant déjà consommé quatre grammes auparavant, je commence à me sentir flotter, une sensation étrange où tout autour était comme flou, je prends vite mon téléphone et appelle cet ami en lui expliquant ce que je viens de faire, il arrive le plus vite possible et nous nous installons dans la voiture.
Il ne me juge absolument pas, ça ne sert à rien, il analyse chaque chose que je fais, il sent qu'il peut arriver un drame à tout moment, nous roulons et nous nous installons au sommet du village en écoutant de la musique, je me sens de plus en plus mou et d'un coup, fait une crise épileptique.
Mon ami est en panique, il appelle le SAMU et mon père étant médecin il décide de m'emmener directement chez moi, il gare la voiture, sonne, et explique à mes parents ce qui se passe.
Mon père voit la voiture de mon ami garé, la fenêtre côté passager ouverte, et mes jambes par-dessus, toutes raides. Mon père rentre dans la voiture afin de me maintenir la tête et il me rassure, mais je suis perdu et ne comprends pas ce qui se passe, lorsque j'arrête de convulser, je me mets à hurler et regarder partout autour de moi, je fais une crise de paranoïa.
Après m'être à peu après calmer, mon père m'emmène à la maison, je chute par terre, ne sens plus mes jambes. Mon copain était en pleurs, il avait peur, il est reparti, témoin d'une situation qu'il n'aurait jamais du vivre.
Mes parents m'emmènent aux urgences et je me réveille le lendemain, dans un lit d’hôpital, avec mon père à mon chevet, il me parle et commence à prendre conscience du problème car jusqu'à présent selon lui je prenais pour me donner un genre...
Je suis donc hospitalisé sous contrainte pendant deux semaines.
Pour réussir à se sortir de l'addiction, il faut tout d'abord reconnaitre qu'il y a un problème, mais surtout, avant tout, il faut être volontaire de s'en sortir, mais ce n'est pas si simple puisque pour moi il était évident que je ne voulais pas continuer ainsi, le souci est que je ne voyais pas d'autre solution.
Ce produit répondait à mes besoins avec efficacité puisque je continuais sans cesse.
Cette hospitalisation a été faite dans un but de sevrage avec un objectif d'arrêt pour mes proches et les soignants mais moi, je ne voulais pas arrêter, je savais que j'allais recommencer...
Une hospitalisation peut être vécue comme étant une expérience traumatisante car pendant une période donnée, vous êtes enfermés dans un établissement clos, sans possibilité de sortie avec pour seule activité des échanges avec des patients qui sont présents pour d'autres problèmes que vous.
Durant cette hospitalisation, je me faisais réveiller toutes les nuits par des hurlements d'une patiente atteinte de schizophrénie, elle était ma voisine de chambre.
Cette hospitalisation est venue renforcer en moi ce sentiment de solitude et de peur de l'enfermement, mais aussi de confiance en moi.
Pour comprendre comment une situation peut être vécue comme traumatisante, il faut comprendre avant comment nous fonctionnons.
Deux types de croyances existent, les croyances fondamentales et les croyances intermédiaires.
Les croyances fondamentales surviennent tôt dans l'existence et correspondent à une manière très personnelle de se percevoir et de s'auto évaluer.
Exemple : je suis une mauvaise personne, je ne vaux rien,.. Elles permettent aussi d’évaluer les autres.
Exemple : tel homme politique est formidable, un autre est nul, mon voisin ne m'aime pas,.. Mais aussi d’évaluer le monde extérieur
Exemple : Une personne aimée de tout le monde est heureuse, l'argent fait le bonheur,...
Ces croyances sont généralement inconscientes et prennent la forme de vérité absolue, il est très difficile de les modifier. Pour moi c'était la solitude, à partir du moment où j'en entendais parler je voyais quelque chose de très négatif, c'était un vrai problème.
Les croyances intermédiaires surviennent quant à elles ultérieurement, au cours de la vie, diverses influences vont venir modeler les croyances fondamentales et leurs donner une expression finale, une véritable signification.
Une présomption est une hypothèse découlant directement d'une croyance fondamentale, elle en est la conséquence implicite (si cela est vrai, il en résulte telle chose).
Par exemple, si une personne dont la croyance fondamentale est la suivante : je ne pourrais jamais être heureux seul, s'il perd un proche important pour lui, ces présomptions seront qu'il ne pourra jamais se débrouiller seul, qu'il ne sera pas heureux,...
Les présomptions découlent donc directement des croyances fondamentales et ont un impact important pour la personne car elles peuvent créer, renforcer un sentiment d'abandon ou d'impuissance et il peut en résulter toutes sortes d’émotions dysfonctionnelles comme de l’anxiété, de la culpabilité, de la tristesse….
Ma présomption était donc à ce moment une hypothèse qui n'a fait que renforcer mes croyances de base qui était en lien avec la solitude.
À la sortie de l'hôpital, j'ai reconsommé six jours après car encore une fois je n'avais pas l'envie d'arrêter, il ne me fallait pas une hospitalisation mais des discussions, présenter des solutions, être dans la compréhension et pas dans le jugement.
À cette période, je ne voyais pas d'autres solutions que de continuer puisque c'était le seul produit qui réussissait à me faire me sentir bien malgré les répercussions.
Au début, je réussissais à me payer ma consommation sans difficulté jusqu'à un moment où je comprends que ça va être très compliqué de continuer si je n'ai pas plus de ressources financières. Je commence à m'intéresser au milieu de la délinquance et malgré tous les risques, je prends l'initiative de revendre de la drogue.
Je ne prends pas conscience des répercussions qu'il peut y avoir, car je suis obnubilé par une seule chose : me payer ma consommation.
Rien ne pouvait m'arrêter. Je demande à mon dealeur s'il est possible que je travaille pour lui et après négociation il me confirme que oui, je travaille dés à présent pour lui.
Il me met en garde sur les risques et me dit très clairement que s'il y arrivait par malheur un incident, il n'hésiterait pas une seconde à employer la violence. Je commence à prendre conscience de l'action que je fais mais ne peux plus reculer, je m'engage.
J'effectuais des livraisons aux alentours de Besancon et emmagasinais une somme d'argent plutôt importante, mais qui repartait immédiatement dans ma consommation personnelle. En revendant, j'étais donc exposé directement à la substance.
Ce qu'il faut savoir c'est que lorsqu'un client est susceptible d'acheter, on peut lui donner des échantillons gratuitement et il nous rappelle s'il est satisfait du produit. Malgré le risque, je gardais systématiquement les échantillons pour moi, la personne pour qui je travaillais ne s'en était jamais rendu compte, heureusement.
Après discussions avec mon dealeur il me dit qu'il serait aussi possible de faire encore plus d'argent avec la revente d'armes, il me propose de stocker les armes avec moi, en attendant qu'une personne les achète et qu'il me rémunèrera en contrepartie.
Je refuse dans un premier temps, et deux semaines plus tard, le recontacte pour accepter la proposition qu'il m'avait faite auparavant, il m'en fallait encore plus…
Une semaine plus tard, je stockais dans ma voiture des armes à feu et de la cocaïne. Je gardais donc ces armes en permanence dans ma voiture et dès qu'un client voulait l'une d'elle, je le livrais, récupérait l'argent et redonnais une partie à la personne pour qui je travaillais.
Ce milieu était un milieu que je ne connaissais pas du tout auparavant, à part dans les films.
Pour ma part, j'avais une vision mitigée de ce milieu là puisque de manière générale, dans la société, que ce soit dans les films, séries ou même dans certaines musiques, il y'a selon moi une sorte de glorification de ce genre de comportement délinquant.
Comme s'il était respectable de franchir les limites de l'illégal.
Je peux avec certitude assurer qu'il n'y'a absolument rien de glorieux à faire ça et que ce milieu est plus que violent, insécuritaire et sans principe de valeur morale ou autre.
C'est une course à l'argent ou dès qu'il est possible d'en faire davantage, personne n'hésite une seule seconde à vous escroquer.
J'ai cessé de revendre ces armes après un mois et demi car j'avais peur. Je sentais que je partais complètement en vrille et que cela devenait plus qu'inquiétant.
Deux mois plus tard, j'ai cessé aussi la revente de drogue je me sentais submergé par tout, je ne dormais jamais tranquillement, je me baladais en ville avec une peur constante, il fallait que j'arrête tout.
Contrairement à ce que j'aurais pensé, il n'a pas été si compliqué que ça d'arrêter à revendre, je pensais qu'une fois que j'avais mis le pied dedans je ne réussirais à stopper tout mais par chance, pour moi, ce n'était pas le cas.
Je pense avoir réussi à tout arrêter car je continuais de consommer chez cette même personne, par crainte de perdre un client fidèle, mon dealeur faisait tout pour que je reste à ses côtés, au moins en tant que consommateur.
Vu que je n'avais plus de ressources financières, j'ai dû me débrouiller en revendant des vêtements, des ordinateurs, etc,, et je me retrouvais sans rien au fil du temps.
L'estime de moi était au plus bas, j'était de plus en plus en train de m'enfoncer. Je me rappelle d'un jour ou un SDF avec qui j'avais fait connaissance m'avais demandé de lui avancer de l'argent pour qu'il puisse s'acheter un gramme de cocaïne, en échange |l me donnerai le numéro d'un dealeur qui apparemment détenait une coke de qualité incroyable.
J'accepte et vais avec lui acheter ma consommation personnelle chez cette personne et avance le fameux gramme à cette personne.
À la sortie du bâtiment dans lequel nous avions acheté le produit nous nous faufilons derrière un buissons et testons la qualité de cette nouvelle coke.
On discute et au bout d'un moment je dois rentrer chez moi, l'individu me donne son numéro et me dit qu'il me rendra l'argent la semaine prochaine, Évidemment, il ne me l'a jamais rendu.
Je le cherchais donc pendant un moment pour retrouver mon argent, un SDF me devait des sous, j'étais vraiment perdu.
Les envies suicidaires étaient très envahissantes à ce moment-là, je voulais que tout s'arrête, et mon état de santé était déréglé, l'accumulation de stress et de fatigue vous fait voir les choses différemment que si vous avez une hygiène de vie irréprochable.
Un soir d'octobre, je décide de louer une chambre d'hôtel dans Besançon pour pouvoir consommer. Je descends de chez moi en stop et arrivé à Besançon je me dirige dans le premier hôtel que je vois.
Je paye, on me laisse une chambre au dernier étage et à peine le temps de déballer mes affaires, je prends mon premier rail.
J'écoute ma musique et décide de commander une escort girl dans l’hôtel, la femme vient et me rejoint, mais je n'arrive pas à faire quoique ce soit avec elle puisque la cocaïne est vasoconstrictrice...
Elle repart et je me retrouve seul, je finis ce qu'il me reste et arrive la dernière trace, la fameuse. Je le prends et à ce moment j'angoisse très fortement, je m'allonge sur le lit et d'un seul coup, je prends une bouteille de coca-cola en verre et me frappe les tempes fortement avec.
J'ai l'impression de perdre le contrôle de mon corps et suis comme robotisé, je fais un raptus suicidaire. Le raptus est une impulsion paroxystique, une violente crise psychologique, à la limite de l'acte volontaire et du réflexe.
Il s'agit d'un désir soudain, impérieux et parfois violent de faire quelque chose, de passer à l'acte. Je me lève de mon lit et me dirige vers le câble d'une des lampes situés à la droite de mon lit.
Je m'allonge et sers au maximum le câble autour de mon cou, je cale sous le pied du lit l'extrémité du câble et me mets de l'autre côté pour exercer une pression.
Je pose mon téléphone à coté et met la même musique en boucle "Stubborn love" des Lumineers. Je voulais mourir sur cette chanson.
Au bout d'un moment, je vois tout autour de moi devenir flou et ne sent plus ma colonne vertébrale, j'ai l'impression de ne plus avoir de dos.
Le room service de la chambre devait venir et je n'y pensais plus. Je décide de les appeler pour reculer I'heure, je tends mon bras jusqu'au téléphone et perd connaissance.
Je me réveille après le téléphone de l'hôtel était par terre et j'arrive à composer le numéro de la réception et je leur demande de venir plus tard mais n'arrive presque pas à parler, la dame raccroche et se doutant qu'il y a avait un problème, elle monte dans ma chambre.
J'avais fermé la porte à clef et elle réussit à l'ouvrir quand même, me voyant allongé au sol quasiment inconscient. Elle me demande de retirer le cable et je n'arrive presque plus à bouger alors et me le retire d'elle-même.
Je la regarde et pleure, elle pleure aussi en regardant ma tête, qui était gonflée, en oedeme.
Elle appelle immédiatement les secours et en reprenant mes esprits j'ai le réflexe d'appeler mes parents. Je leur dis que j'ai fait une connerie et qu'il faut qu'ils viennent me voir. lls me demandent ce qu'il se passe et je leur dis de venir sans leur expliquer ce qu'il s'est passé.
IIs se doutent qu'il y'a un problème et arrivent dans le quart d'heure, je me retrouve dans une chambre d'hôtel allongé avec la police, les pompiers et mes parents dans la chambre.
Mes parents me regardent et pleurent. Je vais à ce moment aux urgences pour regarder si je n'avais pas eu de soucis à cause de l'acte.
Je reste toute la nuit à l'hôpital et ressors, je n'avais aucune séquelle à part des vaisseaux du visage et du cou qui ont explosé.
J'avais perdu le contrôle de moi pour la première fois et j'ai eu très peur ce soir-là. Mais encore une fois je n'avais pas cesser ma consommation.
Les descentes de cocaïne étaient pour moi insupportables, elles me faisaient terriblement peur car elles étaient le synonyme du retour à la vie réelle, celle que j'essayais de fuir au quotidien.
Un soir de février, après une consommation, je rentre chez moi et décide de vouloir mettre fin à mes jours car je pense que jamais je n'arriverais à me sortir de ça, je m'en veux terriblement et n'arrive plus à me regarder dans une glace, je suis allé trop loin, j'ai fais pleurer ma famille, amis, proches, je veux que ça s'arrête.
Mon père étant médecin, je savais OÙ se situait ses ustensiles, et je décide donc de me procurer une seringue avec trois fioles d’adrénaline et une d'acupan.
Pour ceux qui ne connaissent pas ces produits ce sont pour l'un, l'adrénaline une substance qui permet de relancer le cœur lorsque quelqu'un à fait un arrêt cardiaque et pour l'autre, l'acupan, un médicament antalgique pour traiter les douleurs aigués.
Je prends donc un sac et met tout dedans, avec un passage dans la cave pour prendre une bouteille de vodka. Je prends mon vélo, il est quatre heures du matin, et me pose dans une forêt, à l'abri des regards.
Je m'allonge et sans réfléchir prélève une fiole d’adrénaline avec la seringue et me l'injecte dans l'avant-bras, je ressens un mal de crâne atroce, mon cœur ne bat plus, il vibre, je suis en fibrillation...
Je me sens partir, vois les arbres autour de moi se déformer et j'ai une sensation étrange, j'ai l'impression de revivre ma vie comme dans une bande-annonce, je me vois avec mes amis rigoler, et avec ma famille à Chamonix, dans un chalet, qu'on avait l'habitude de louer il y a plusieurs années.
Je reprends mes esprits et pleure à chaudes larmes, je n'avais pas réussi à mourir, je suis en colère et me frappe. Je reprends mon vélo et décide de me reposer un peu plus loin et cette fois-ci je prélève deux fioles d’adrénalines avec l'accupan, me l'injecte, je saigne de l'avant-bras et ça me brule atrocement mais je suis déterminé, je veux que ça cesse.
Je repars dans le même voyage que le précèdent, je prie pour réussir à ce que ma vie s'arrête, je refibrille, je vois un voile noir, je pense à ce moment que je suis en train de réellement m'éteindre….
Quelques minutes plus tard je reprends conscience et suis encore vivant, je touche tout autour de moi pour me confirmer que je suis encore dans la vraie vie, je n'ai toujours pas réussi, je repleure jusqu'à m'effondrer au sol de tristesse et reprends mon vélo, rentre dans ma chambre et vais me coucher, avec ces images dans la tête.
Pendant les journées qui suivaient cet épisode, des images ultra violentes ne cessaient de tourner dans ma tête, à partir du moment où je commençais à vouloir m'endormir, je me revoyais en train de m'injecter ses produits, mes pensées étaient sans arrêt en lien avec cette expérience.
Pour savoir comment nos pensées fonctionnent, il faut tout d'abord les comprendre, il en existe deux.
Les pensées heuristiques (pensées automatiques), et les pensées analytiques, ces pensées heuristiques sont des interprétation direct de situations, bruits, ombre,..et elles vont nous provoquer du stress,.. Ces pensées sont infondées car ce n'est pas du stress utile mais bel et bien des « réflexes » , et les pensées analytiques qui elle sont plus réfléchies.
Une pensée automatique (heuristique) est une manifestation cognitive brève, non réfléchie, nous concernant nous et les autres.
Ces pensées surviennent tout au long de la journée pour évaluer un événement ou une situation, les pensées automatiques dysfonctionnelles viennent au quotidien déformer la situation.
Pendant un moment, je n'arrivais donc pas à avoir des comportements adaptés à cause de ce genre de situation, une prise de sang était inenvisageable à la vue d'une aiguille, reprendre mon vélo était aussi compliqué,...
Cet épisode est venu s'ajouter à d'autres et m'a conforté dans un état d'esprit doloriste. Le dolorisme est une doctrine philosophique, spirituelle ou religieuse qui exalte la douleur pour elle-même car on lui attribue une valeur morale. Je me complaisais donc dans le malheur et la violence car c'était la seule chose que je pensais mériter.
Une insécurité profondément enracinée ou un manque d'estime de soi peut effectivement pousser certaines personnes à se sentir indignes du bonheur, c'était mon cas.
Mon diagnostic a été posé à la suite d'une consommation avec des prises de risque considérables sous l'effet de la cocaïne.
Je revenais d'un bon moment avec mon ami du centre-ville de Besancon, et avant de me déposer à la maison, nous discutions de plusieurs choses au belvédère de mon village, à la vue d'un magnifique coucher de soleil, jusqu'au moment ou je lui dis que ce soir, je souhaite de nouveau prendre de la cocaïne.
Malgré la quantité qu'il y a à ma portée, je veux me montrer malgré ça plus fort que le produit et réussir à prendre qu'un seul rail, me poser tranquillement dans ma chambre et m’arrêter là.
Malgré la réticence évidente de mon ami quant à ce projet tout du moins douteux, je décide de malgré tout le faire.
Ce qu'il faut comprendre c'est que quand on est dans le circuit de l'addiction, le mal-être au quotidien est tellement insupportable que la détermination pour faire soulagement de toutes ces pensées parasites et multipliées, et la seule source d'apaisement connue était pour moi la drogue.
Malgré toutes les expériences négatives qu'engendraient cette consommation, j'arrivais à me persuader avec tellement de force que j'allais réussir à contrôler ce soir-là que je finissais par y croire.
Mon ami m'a donc ramené à la maison, en espérant que je ne consomme pas.
Ma mère était assise dans le salon, et après lui avoir dit bonsoir, je me dirige directement dans ma chambre avec un objectif en tête : consommer et me gérer.
Cette poudre était toujours posée au même endroit. Je la cachais soigneusement à l'intérieur d'un petit sac fait de soie, dans ma table de nuit. Je déballe le sachet et pèse minutieusement la drogue.
Je vois qu'il me reste quatre grammes, mais ce n'est pas grave. Ce soir, je vais réussir à me contrôler.
À chaque début de prise, je suis tellement submergé d'angoisse, que ma gorge me serre à un point où je vais vomir car malgré tout, je ne suis pas dupe, cette fois-ci sera comme les précédentes.
De retour dans la chambre après mon passage aux toilettes, je prépare mon rail et sans réfléchir, je sniff d'une traite cette trace minutieusement préparée.
D'un coup, tout ce mal être que je ressentais, les situations de la vie qui était plus que préoccupantes s'étaient envolées d'une traite. Je prends une douche avec la musique au maximum, et profite de ce moment d'euphorie intense.
Je veux tellement que ce moment perdure que trente minutes après j'en oublie mes promesses et reprend une autre trace, je redescend dans le salon et entame une discussion avec ma mère, elle me trouve bien, je lui dis que je me sens vraiment moins angoissé.
Je lui fais savoir que je ne veux plus reprendre de cocaïne et que cela fait plus d'un mois que j'ai arrêté. Je lui cache la vérité.
L'heure d'aller se coucher arrive alors après un dernier bonsoir à ma mère je regagne ma chambre, appelle tout le monde par téléphone et je leur dis que je me sens bien, que je vais gérer, mais je savais pertinemment que non....
Après quelques mètres à vélo je commence à être terrorisé, j'ai peur que l'on me suive, je fais une crise de paranoïa à hurler, terrorisé par la venue de quelqu'un par surprise.
Je reprends mes esprits et profite de ce moment ou je suis plus calme pour me refaire un rail, sous un abribus. Je reprends mon vélo et ma descente et la crise de paranoïa reviennent quelques secondes après, je perds conscience et me réveille dans un fossé, la bouche en sang, je venais de faire une crise d’épilepsie.
Je reprends mes esprits et en profite pour de nouveau, refaire un rail....
Je reprends mon vélo avec les écouteurs au maximum et rejoint une route départementale car c'était l'itinéraire le plus court, au fur et à mesure du trajet je me sens mou, j'ai l'impression de flotter et je commence à avoir des distorsions auditives, je reperds conscience.
Je me réveille avec la langue mordue et |la bouche ensanglantée, je venais d'à nouveau faire une crise d’épilepsie. Allongé au milieu de la route je suis perdu, j'hurle et refais une crise de paranoïa. Quelques minutes plus tard je reprends mon vélo et arrive enfin au centre-ville.
Je me dirige vers une boîte de nuit bien connue de Besançon, et évidemment au vu de mon état, je me fais refuser l'accès.
Une fille avec qui j'avais parlé sur une application m'appelle à ce moment et je décroche, lui explique la situation et malgré le fait que jamais nous nous sommes rencontrés, elle décide de me venir en aide.
La fille était perdue, elle ne savait pas quoi faire, elle avait peur de mes réactions, je lui explique que j'ai l'habitude et que jamais je n'ai été violent auprès de qui que ce soit sous l'emprise du stupéfiant.
Elle me demande où je dois dormir et je lui dis qu'il y a certainement des gens qui peuvent m’héberger mais qu'ils sont actuellement en train de faire la fête dans une autre boîte de nuit que celle devant laquelle nous sommes garé.
Elle décide de m'y emmener et durant le trajet nous discutions de plein de choses mais un sujet revenait régulièrement, celui de l'addiction. Arrivée devant l'établissement, je tente de rentrer pour expliquer au personnel que des amis à moi s'y trouvaient et que j'ai besoin d'eux.
L'un des videurs ne me répond pas et j'essaye de lui expliquer au mieux la situation, il m'insulte et me repousse violemment dans les escaliers, je chute, et me dirige jusqu'à la voiture de cette fille en pleurant.
Arrivé à hauteur de sa fenêtre, je sèche mes larmes et lui explique que malheureusement je n'ai pas pu leur parler, on essaye de malgré tout trouver une solution au problème.
Après discussion, je lui dis qu'un ami à moi habitant en ville peut peut être m’héberger, il est cing heures du matin et nous allons en direction de l'appartement, je sonne à plusieurs reprises et mon ami ouvre la porte presque même plus étonné de la situation car habitué....
Quelques heures plus tard je reçois un appel de ma mère en panique qui m'explique qu'elle a découvert de la cocaïne en voulant me réveiller ce matin car je ne répondais pas aux appels.
Je n'ai pas le choix je lui explique ce qu'il s'est passé et quelques minutes plus tard mes deux parents arrivent devant l'appartement de mon copain.
IIs m'emmènent aux urgences, et par pur hasard, la médecin de garde qui travaillait ce soir là était celle qui me suivait pour des troubles du comportement avec une suspicion de TDAH.
J'étais allongé sur un lit et perfusé et cette femme vient me voir avec un air empathique et bienveillant, elle me propose qu'une fois sorti de l'hôpital, je vienne la voir pour des consultations plus régulières avec une hospitalisation de jour dans le secteur addictologique.
À la sortie de l'hôpital, j'appelle mes parents pour qu'ils viennent me récupérer, je renfile mes vêtements encore trempées de la veille et bondis dans leur voiture, l'atmosphère est étrange, personne ne dis rien, mais une chose est sûre tout le monde pense la même chose, si je ne fais rien, je vais mourir.
La médecin avec qui j'ai eu un échange avaient appelé mes parents et nous nous dirigeâmes tout droit direction l'hôpital de jour, je ne pensais pas que le rendez vous avait été aussi rapide…
J’étais assis face à mon père, les vêtements trempés, encore en descente et après cet entretien on en conclut que la prise en charge est plus que nécessaire, dès la semaine qui vient, j'intègre l'hôpital de jour, face à l'impuissance de mes parents, amis, proches je n'ai pas le choix, après quatres overdoses, et trois tentatives de suicides ou la mort a été frôlé de très près, il faut que je fasse quelque chose, c'est décidé, je me prends en main.
Ma mère voulait absolument que je fasse une cure fermée sur Dijon. Je lui fait comprendre qu'encore une fois ça n'allait pas marcher puisque ma peur de l'enfermement allait encore être mise à rude épreuve, elle et mon père ne croyaient pas à mon projet, il pensait que ça n'allait pas marcher, ils voulaient absolument que je sois enfermé....
Peu de jours après cette entrevue à l’hôpital, plusieurs pensées viennent arborer mes journées, des pensées majoritairement négatives, des remises en question ou malgré les réflexions, j'en conclus que je n'y arriverai pas.
Je ne comprends pas pourquoi malgré mon cercle amical plus que bienveillant, compréhensif et aidant, malgré ma famille qui est soutenante et ma situation sociale plus que favorable je réussis encore à me mettre dans des situations de la sorte.
Je perds espoir de plus en plus et me dis que finalement je n'ai plus rien à perdre j'essaye et je verrais bien.
Le premier jour de l’hôpital arrive et je suis directement accueilli par un personnel soignant qui prends mes constantes, ils me font dès les premières minutes plusieurs examens afin de déterminer si je suis en bonne santé, il s'ensuit un entretien à l'issue duquel ils m'expliquent le fonctionnement de l'établissement, les différentes pièces et leurs rôles.
Après ce premier contact, je me dirige vers la salle à manger, plusieurs personnes sont en train de discuter, et instantanément, on me pose une multitude de questions, comment je m’appelle, quel âge j'ai, …
Dans cette salle, j'y trouve une sensation d'apaisement, les gens sont sympathiques et me mettent dans un climat de confiance, je ne me sens pas jugé, tout le monde et à l'écoute de chacun.
Nous commençons à établir un plan d'action sur l'abstinence, on m'explique qu'il y a des solutions, que c'est possible de s'en sortir.
Je dois venir à l'hôpital chaque jour de la semaine, et il faut que je sois transparent par rapport à toutes les idées qui peuvent émerger pendant cette période de sevrage, j'ai peur, mais désormais je suis lancé, cette fois je n'abandonnerai pas.
Dans la même semaine, nous commençons à faire le diagnostic sur le TDAH et il en conclut que je suis atteint de ce trouble.
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement, associé à des petites différences dans la structure et le fonctionnement du cerveau des personnes concernées.
Caractérisé par des niveaux élevés d’inattention, d'agitation et d'impulsivité, ce trouble est un syndrome source de handicaps cognitifs et relationnels persistants, et parfois sévères.
Au delà des difficultés qu'il engendre à l’école, au travail,.. mais aussi dans le cadre social et familial, le TDAH entraine un risque accrue de blessures accidentelles, d'addictions, de dépression et de suicide. 42,7% des personnes présentant un TDAH ont un trouble lié à l'utilisation d'une substance.
Une étude canadienne a révélé que 1 adulte sur 7 atteint du TDAH a déjà fait une tentative de suicide, contre 1 adulte sur 37 sans TDAH.
Selon de ressentes analyses, la probabilité d’être impliqué dans un accident de la route est de 54% a 88% plus élevée chez une personne atteinte du TDAH que chez le commun des mortels.
Ce trouble concerne 5,9% des moins de 18 ans et 2,8% des adultes.
Les chercheurs croient que les symptômes du TDAH surviennent lorsque certaines substances chimiques du cerveau (appelées « neurotransmetteurs ») ne sont pas en état d'équilibre. Les deux neurotransmetteurs que l'on croit être affectés chez les personnes atteintes du TDAH sont la noradrénaline et la dopamine.
Ces substances chimiques sont importantes pour la concentration, la maîtrise des impulsions et la régulation de l'humeur et du comportement.
Les deux principaux types de médicaments utilisés pour traiter le TDAH (les agents stimulants et non stimulants) agissent en augmentant les actions de ces neurotransmetteurs.
Par exemple, on croit que les agents stimulants tels que le méthylphénidate agissent principalement en régulant es substances chimiques du cerveau (la noradrénaline et la dopamine).
Je suis donc à la suite du diagnostic traité avec un médicament, le Concerta, a base de méthylphénidate. Je commence aussi à comprendre mon fonctionnement et désormais je suis dans une dynamique positive, j'acquière un état d'esprit positif, et m'implique du mieux que je peux pour la réussite de ce projet.
Pendant les jours qui suivaient je ne cessais de me dire que si j'arrêtais la cocaïne il en résulterait que des choses positives et que le seul souci était la drogue, à partir du moment ou j'arrêterais ceci, ma vie serait instantanément plus heureuse.
Or je me rendais compte que malgré l’arrêt, les problèmes revenaient et je commençais seulement de comprendre que le souci n’était pas la coke, ce n'était seulement le symptôme d'une multitude de soucis jamais solutionnés auparavant, il fallait donc que j'entame un véritable travail sur moi-même.
Avant de pouvoir entamer ce travail sur soi, il fallait reconnaître ses points forts, évidemment, mais aussi ses faiblesses.
J'ai tout d'abord admis que j'avais un mode de fonctionnement différent des autres et que pour réussir à mener une vie paisible, il fallait que je puisse comprendre mes réactions, afin de mieux les gérer.
Il fallait aussi que je prenne en compte que la cocaïne m'avait vaincu, qu'elle était plus forte que moi, et qu'il fallait que je m'en sépare avant qu'elle ne me tue.
Les journées d'hôpital était majoritairement constituée d'ateliers ou des psychologues, neuropsychologues, psychiatres, venaient nous expliquer comment nous fonctionnons.
Les ateliers m'ont beaucoup apporté car je comprenais comment je fonctionnais. Le flou, le vide, l'incertitude m'a toujours angoissé et ce séjour m'a permis d'avoir un regard net sur la situation dans laquelle je vivais.
J'ai compris aussi que chaque action que l'on fait s'explique, et que chaque problème a une solution, à partir du moment ou il y'a un problème, il y’a obligatoirement une explication et donc une solution.
Entamer un travail personnel profond est très perturbant puisqu'il remet en question tout ce qu'il s'est passé que ce soit en bien ou en mal depuis le début de mon existence.
Une fois que l'anamnèse de ma vie a été faite je devais dès à présent comme recommencer une vie. Au début ce n'était pas facile, mon style de vie était essentiellement constitué de sortie jusqu'à tard le soir, de violence avec les fréquentations liées à la consommation, …
Il fallait donc commencer par réguler mon sommeil, ce qui été au début compliqué car beaucoup d'image traumatisante venait hanter mes nuits avec des terreurs nocturnes et des cauchemars. Un suivi avec d'EMDR a donc été mis en place pour réussir à mieux vivre avec ces images.
En EMDR on avance l'hypothèse que les traumas ou les expériences négatives de la vie viennent bouleverser l'équilibre du système de traitement de l'information par le cerveau.
Ce déséquiliore empécherait le système de traitement de l'information de procéder à une résolution adaptative. En conséquence, les perceptions, émotions, cognitions résultant de notre expérience seraient comme verrouillées dans le système nerveux.
Le psychothérapeute aide le patient à retrouver en lui un processus naturel de traitement de l'information, comme une sorte de digestion psychique des souvenirs traumatiques.
L'entourage est plus qu'important dans des situations comme celle-ci. J'ai la chance d'avoir eu un cercle amical extrêmement présent et familial aussi.
Mes proches ont tout fait pour tenter de me dissuader de prendre, ils ont toujours été à l'écoute mais malgré tout je continuais à consommer. Encore aujourd'hui, je m'en veux de leurs avoir fait vivre des situations qu'ils n'auraient jamais dû vivre.
J'ai longtemps pensé que je réussirais à m'en sortir via les autres, et même s’il ont toujours été de bons conseils et qu'il m'ont permis à plusieurs reprises de passer de bon moment, la solution devait venir de moi.
Mon entourage a été présent lorsque j'avais de l'argent mais aussi lorsque j'en avais plus, lorsque j'allais bien mais aussi lorsque j'étais au plus bas, et pour ça je leur doit une immense reconnaissance.
Aujourd'hui ce serait mentir de dire que je n'ai plus envie de consommer, ça m'arrive de temps à autre d'y penser.
Mais à la différence d'avant, une nouvelle envie est présente, celle de construire de nouveaux projets et de réussir, et cette envie commence doucement à prendre le dessus sur celle de la consommation.
Repose en paix notre Tino