Extraits de l'article de Médiapart du 23 03 26
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Ces extraits pour vous inciter à lire cet article si vrai et si poignant !!!
Des enfants consomment des stupéfiants parce qu’ils « cherchent à anesthésier leur mal-être », poursuit ainsi ce juge d’instruction. Or « ils sont repérés par les réseaux quand ils vont acheter leurs produits ». Aujourd’hui, non seulement les trafiquants recrutent dans les foyers de l’aide sociale à l’enfance (ASE), mais aussi dans les instituts médico-éducatifs (IME) ou thérapeutiques (Itep).
Trop facilement pointés du doigt, les parents demandent souvent de l’aide mais ne reçoivent aucune réponse, « ni de l’école qui ferme la porte, ni des médiateurs de rue qui sont de moins en moins nombreux ». Récemment, une mère lui a demandé : « Maître, pouvez-vous apprendre à mon fils la différence entre le bien et le mal ? »
Mediapart a pu recueillir l’histoire de Karim*. En janvier 2024, le jeune homme, alors âgé de 16 ans, a été roué de coups de couteau par les réseaux, il a frôlé la mort. À sa sortie d’hôpital, malgré le dépôt de plainte de sa mère auprès de la police, on le contraint à retourner vendre de la drogue.
Ce n’est qu’un an plus tard, lors de son interpellation par la police sur le point de deal, en janvier 2025, que la justice découvre son agression. La plainte que sa mère avait déposée au moment des faits était restée au fond des tiroirs du commissariat. Une instruction est toujours en cours, dans laquelle Karim n’est pas auteur d’infraction mais considéré comme une victime.
Avocat·es et magistrat·es se heurtent à la même difficulté : faire prendre conscience aux jeunes les dangers encourus. Louis Ramuz, qui défend majoritairement des mineurs dans les trafics de stupéfiants à Marseille, se souvient d’une audience. Pour tenter de sensibiliser un jeune à la violence des narcotrafiquants, un juge a évoqué le cas d’un mineur égorgé dont on avait brûlé les testicules en lui demandant : « Tu veux finir comme ça ? » Mais le jeune est resté impassible, lançant simplement « OK » au magistrat avant de baisser la tête. « Souvent, la peur de l’homicide n’est pas présente, commente l’avocat. Ils ont un âge où on se sent invincible. »
« On se trompe de cible. Ça ne sert à rien d’arrêter ces gamins », prolonge un enquêteur de la police judiciaire qui qualifie « d’archaïques » les méthodes employées contre les narcotrafiquants. « Il faut les attaquer au portefeuille en remontant les flux financiers. C’est là que nous devons renforcer les moyens. »
Un constat partagé par plusieurs magistrat·es. Cette politique de lutte contre le narcobanditisme, essentiellement répressive, basée sur l’arrestation des petites mains et la saisie de stocks de stupéfiants, a non seulement montré ses limites, mais fait le jeu des trafiquants. La criminalité organisée a intégré dans sa comptabilité les pertes financières et humaines liées aux interpellations. Pour les mineurs, en revanche, une fois interpellés et pris dans la chaîne judiciaire, c’est déjà trop tard.
« Le nerf de la guerre, c’est d’essayer d’éloigner au maximum ces jeunes de la ville, insiste la juge des enfants au tribunal de Marseille, Audrey Magnan. Ça peut être des séjours de rupture de plusieurs mois en France ou à l’étranger. Mais on manque de places. »
La magistrate décrit ses « nombreux démarchages téléphoniques » auprès des directeurs de ces lieux « pour obtenir le sésame. »
Et même lorsqu’il a pu bénéficier d’un de ces séjours, le mineur, « encadré et stabilisé », doit faire face aux mêmes difficultés. « Rien n’a été préparé et il retourne dans son quartier. Et là, bam !, lance la juge Magnand. Au bout de quelques semaines, il retombe dans le deal et se refait interpeller. C’est un échec total. »
La responsabilité de la récidive ne doit pas être, selon la juge, systématiquement imputée au mineur : « Nous travaillons tout le temps dans l’urgence, les solutions que nous trouvons sont ponctuelles et du coup, les jeunes retombent. »
Chaque éducateur de la PJJ suit environ vingt-cinq jeunes, « bien au-delà des seize suivis jugés nécessaires pour un accompagnement de qualité », précise Mattias Perrin, cosecrétaire régional du syndicat SNPES-FSU, de la PJJ. Dans le même temps, la réponse judiciaire s’est durcie, en particulier pour les trafics de stupéfiants. « Les jeunes primo-délinquants sont, désormais, plus souvent déférés et l’incarcération peut être ordonnée pour les protéger. Or la prison n’est ni un lieu de protection ni d’éducation mais reste un lieu de violences », souligne le syndicaliste.
Merci pour votre lecture.